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 Le prêteur sur gages

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MessageSujet: Le prêteur sur gages   Ven 1 Déc - 21:23

LE PRETEUR SUR GAGES

scénario et dialogues de Xavier-Francis Labrot



GENRE : Drame historique



Personnages :
- Le vieil homme,
- Le gentilhomme,
- La vieille femme.

Matériels :
- Table
- Registre et plume
- Pistolet
- Tenue de gentilhomme
- Epée
- Lit (avec oreillers, draps et couverture)
- Bonnet de dentelle
- Livre

Décors :
- Une rue,
- Une boutique (extérieur et intérieur)
- Arrière boutique
- Une chambre à coucher.



SEQUENCE 01 – Extérieur - Jour.

Plan 01 – Une rue au XVIIIème siècle.
Plan 02 – Zoom sur une enseigne : La Brot, prêteur sur gages.
Plan 03 – La porte de la boutique.
Plan 04 – A travers la vitre sale : l'intérieur de la boutique (en surimpression, des porcs dans une porcherie).

SEQUENCE 02 – Intérieur – Jour.
    (Un vieil homme, derrière un bureau, est penché sur un registre ; il a une plume à la main et écrit en parlant).

Le vieil homme - Une armoire normande, une livre et demi. Peuh! elle me prend surtout de la place ...  Une soupière en métal blanc, 10 sols. Je ne suis même pas sûr qu'elle soit en argent ... Théâtre complet de M. Pierre Corneille, 3 sols. Y'en a quand même qui ont de drôles de noms ... pourquoi pas corbeau ... ou vautour ? ... et ça écrit des pièces de théâtre pour distraire tous les fainéants du royaume... une pile de draps en lin ...

    (On entend un bruit de carillon, puis celui d'une porte que l'on ouvre. Le vieil homme lève les yeux, regarde par dessus ses lunettes).

Le vieil homme - Monseigneur ?

SEQUENCE 03 – Intérieur – Jour.
    (Un jeune gentilhomme entre dans la boutique ; il a un beau chapeau, un beau costume, un beau jabot de dentelle, une belle épée, de belles chaussures à boucles).

Le gentilhomme - C'est vous le prêteur sur gages ?
Le vieil homme - Oui, Monseigneur, c'est du moins ce qu'affirme mon enseigne.
Le gentilhomme - Je précise ma question : Vous êtes le patron ou son employé ?
Le vieil homme - Monseigneur, je suis à la fois mon patron et mon employé. Vous devinez que je n'ai pas les moyens de payer un salarié ...
Le gentilhomme (jetant un regard à l'entour) - alors, vous êtes seul ?
Le vieil homme - Non, Monseigneur, j'ai ma femme qui me fait ma soupe.

    (Le gentilhomme sort de sa poche un objet brillant : une bague; il la tend lentement au vieil homme).

Le gentilhomme - A combien évaluez-vous ce bijou ?

    (Le vieil homme prend la bague, saisit sur la table son "oeil de bijoutier" et observe la bague à la lumière).

Le gentilhomme -  C'est un bijou de famille auquel je tiens beaucoup ... Il faut vraiment que j'y sois contraint pour me séparer – fut-ce momentanément – de ce souvenir ... Alors ! combien ?
Le vieil homme - Monseigneur, je suis un homme honnête.
Le gentilhomme -  Oui ! et alors ?
Le vieil homme - Je ne puis accepter ce bijou en dépôt.
Le gentilhomme -  Et pourquoi, diantre ?
Le vieil homme - Je n'ai pas une telle somme à vous prêter.
Le gentilhomme -  Comment "pas une telle somme" ? Vous avez la renommée d'un homme très riche. Ne me racontez pas d'histoires.
Le vieil homme - Monseigneur, si j'avais une telle somme à vous prêter, je serais l'homme le plus heureux de la ville.
Le gentilhomme -  Et, sans engagement de votre part, dites-moi quand même votre évaluation ?
Le vieil homme - je dirais ... 500 livres.

    (Le gentilhomme, ravi, regarde la bague à la lumière, puis, l'air sérieux).

Le gentilhomme - Je vous la laisse pour 100 livres.
Le vieil homme (gêné) - Non, Monseigneur.
Le gentilhomme - 50
Le vieil homme - Pas davantage !
Le gentilhomme - 30 ... vous n'allez pas me dire que vous n'avez pas 30 livres dans votre tiroir ?
Le vieil homme (après hésitation) – Ecoutez Monseigneur ! ne prenez pas en mal ce que je vais vous dire ...
Le gentilhomme - Ah ! vous croyez peut-être que je l'ai volée et vous ne voulez pas être pris et condamné pour recel de butin.
Le vieil homme - Pas du tout ! je vois bien qu'un gentilhomme de votre qualité ne peut pas être de la police ...
Le gentilhomme (regard foudroyant) - ...
Le vieil homme - ... et encore moins un brigand.
Le gentilhomme - Alors, vous me la prenez pour 30 livres ?... 20. (Le gentilhomme s'assoit).
Le vieil homme (Après avoir fait mine d'accepter, se ravise) - Non !
Le gentilhomme (presque suppliant) - Mais pourquoi ?
Le vieil homme - Encore une fois, ne prenez pas mal ce que j'ai à vous dire.
Le gentilhomme - ...
Le vieil homme - C'est une bague de théâtre.
Le gentilhomme - Et alors ?
Le vieil homme - la monture est en laiton et la pierre n'est pas précieuse ; c'est de la verroterie. Voilà, c'est dit.
Le gentilhomme - Je suis désespéré.
Le vieil homme - Je peux vous en donner un sol, pas plus.

    (le gentilhomme s'assoit et s'effondre sur le bureau, la tête dans le bras ; il pousse la bague, sans la regarder, vers le vieil homme – ce dernier lance un coup d'oeil à l'épée).

Le gentilhomme – (changeant brusquement de ton). Ayez pitié de moi ! je suis un misérable ! Ce matin encore, en me levant, je m'étais juré de ne plus jouer. Car, j'ai dissipé tout mon héritage, Monsieur ! j'ai vendu toutes les terres que mon Père m'avait laissées en mourant. Et, ce matin encore, le démon a repris mon âme. J'ai tout perdu, définitivement tout perdu... (implorant) faites-moi une avance ... une petite avance ... la charité... S'il vous plait.

Le vieil homme (Après avoir lancé un nouveau regard à l'épée) - En revanche, votre épée m'intéresse.

    (Brusquement, le gentilhomme dégaine son épée et la pointe vers le vieil homme - mouvement de recul de ce dernier).

Le vieil homme - Monseigneur !
Le gentilhomme (Sourire crispé) - N'ayez crainte ! je n'en veux pas à votre vie ... Qu'en ferais-je, d'ailleurs ?
Le vieil homme - 50 livres ... 100 livres
Le gentilhomme - Ah ! vous voici en fonds, brusquement ?
Le vieil homme - 110.
Le gentilhomme - Pas plus ?
Le vieil homme - 111.
Le gentilhomme - Cloporte ! Ainsi, vous ignorez qu'un gentilhomme ne se sépare jamais de son épée. Aussi je vous demande de bien vouloir m'avancer, sur la foi de ma seule bonne mine, la somme que vous venez de me proposer, cent onze livres ; Dieu m'est témoin que vous aviez évalué ma bague à 500 livres. Mais je suis homme d'honneur. Je m'en tiendrai à votre dernière offre. Alors ? ces 111 livres ?

    (Le vieil homme s'assoit, ouvre son tiroir, en sort un pistolet, vise et tire – le gentilhomme s'effondre).

SEQUENCE 04 – Intérieur – Jour.
    (Une vieille femme entre, sans trop se presser ; elle a un bonnet tout simple).

La vieille femme - Qu'est-ce qui s'est passé ? vous n'êtes pas blessé au moins ?
Le vieil homme - Mais non, ma Mie, tout va bien.
La vieille femme – Vous êtes si maladroit que je crains toujours que vous ne vous estropiez avec ce vieux pistolet. Donnez-le moi ! je vais le nettoyer. Je fais ça mieux que vous.
Le vieil homme (comme las) – Oui, je sais. Votre père était Sergent-fourrier.
La vieille femme – et ma mère, cantinière. Alors, vous savez … les armes et moi …

    (La vieille femme fait le tour du bureau et découvre le corps allongé).

La vieille femme – Ah ! je sentais bien que quelque chose ne tournait pas rond. Depuis ce matin, j'avais un pressentiment. En me levant, j'ai éternué trois fois. C'est souvent signe que la journée va être agitée ... pas toujours, mais souvent.
Le vieil homme – C'est vrai que c'aurait pu être une mauvaise journée, mais peut-être qu'elle ne sera pas si mauvaise que ça ! ... Faudra juste penser à passer un peu la serpillière.

SEQUENCE 05 – Intérieur – Jour.
    (Dans l'arrière-boutique, le vieil homme parvient devant un rayonnage ; il ouvre un registre, prend plume et encrier et commence son inventaire).

Le vieil homme – une épée : 150 livres, des chaussures presque neuves avec boucles en argent : 25 livres, un tricorne … à brosser soigneusement : 7 livres. Le costume est malheureusement irrécupérable ... troué (il passe sa main dans le trou aux bords brulés) ... quoiqu'avec une pièce soigneusement cousue ... (Parlant plus fort) Ma Mie, sauriez-vous poser une pièce de tissu proprement sur un justaucorps ?

    (La vieille femme approche et remarque le jabot en dentelle).

La vieille femme – Oh ! le joli jabot de dentelle ! vous m' el donnez ?
Le vieil homme – Vous avez besoin d'un jabot, maintenant ?
La vieille femme – J'ai ma petite idée.

SEQUENCE 06 – Intérieur – Nuit.
    (le vieil homme et la vieille femme, dans leur lit ; elle porte un bonnet de riche dentelle et se regarde dans un miroir ; lui, lit.)

Le vieil homme – Finalement, c'était une belle journée.
La vieille femme – Oui ! il a fait très beau aujourd'hui.
Le vieil homme – Tout le monde n'en a pas profité.
La vieille femme – Vous pensez à qui ?
Le vieil homme – Ben ! ce pauvre jeune homme.
La vieille femme (réalisant soudain) – Ah !
Le vieil homme – C'est quand même bête ce qui lui est arrivé.
La vieille femme – Je pense bien.
Le vieil homme – Quelle idée tout de même de rentrer seul dans la porcherie sans demander.
La vieille femme – Et surtout, quelle imprudence !
Le vieil homme – Comme quoi, on a bien raison de dire qu'il faut se méfier des cochons.
La vieille femme – Pour sûr, c'est des sales bêtes.

    (Le vieil homme se remet à lire, puis, il lève la tête).

Le vieil homme - (après ce silence) – Je pense à une chose, brusquement.
La vieille femme – et quoi donc ?
Le vieil homme - à changer de métier.
La vieille femme – Quoi ? A votre âge ?
Le vieil homme - Ecoutez ! à force de faire le prêteur sur gage ...
La vieille femme – Mon pauvre Ami, vous oubliez que très rares sont les personnes qui viennent retirer leur gage.
Le vieil homme - Justement, c'est ça, mon idée.
La vieille femme – Je ne vous suis pas.
Le vieil homme - Maintenant, j'ai tellement d'objets en dépôt que je ne sais plus où les mettre ... et comme vous le dites si bien, d'ici à ce que leurs propriétaires reviennent ...
La vieille femme – Et alors, mon époux, vous pensez à quoi ?
Le vieil homme - j'aurai seulement à modifier légèrement notre enseigne ...

    (Plan sur l'enseigne)

Le vieil homme - je mettrai juste "La Brot cante" et je supprimerai la mention "prêteur sur gages".
La vieille femme – C'est une idée ingénieuse. Mais ... on gardera quand même les cochons.
Le vieil homme – Ca, il faudrait qu'on en discute, parce que ... et c'est toujours le même problème : comment on va les nourrir ?




FIN
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