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 Le jardinier et l'escargot

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MessageSujet: Le jardinier et l'escargot   Ven 28 Aoû - 17:05

LE JARDINIER ET L’ESCARGOT

Petite pièce en un acte, pour les enfants et leurs parents





(Plan d’ensemble avec vue plongeante sur le jardin potager : un petit rectangle de six salades, pas plus.)

Le Jardinier (de loin) - Ah ça ! encore un escargot qui bave sur mes salades.

L’Escargot - Désolé, mon vieux ! mais ces salades sont à moi maintenant que j’ai bavé dessus.

Le Jardinier - Cette salade est désormais immangeable. (s’accroupissant et ouvrant un couteau) je vais la couper et la jeter au feu.

L’escargot - Mais pourquoi ? c’est du gâchis ! je peux bien la consommer, moi ! Pourquoi la détruire ?

Le Jardinier - Parce que tu n’auras plus besoin de manger quand je t’aurai écrasé avec ma pelle (geste).

L’Escargot - Tu vas me tuer ? mais qu’est ce que cela va te rapporter puisque, de toutes façons, tu estimes ta salade perdue ?

Le Jardinier - Je perds une salade, c’est sûr. Mais si je t’épargnais, tu irais bien vite baver sur mes autres salades.

L’Escargot - Ca manque de logique ! Tu n’empêcheras pas les autres escargots de se répandre sur tes salades dès que tu auras tourné dos.

Le Jardinier - S’il le faut, je tuerai tous les autres escargots ; j’ai ce qu’il faut (plan sur un produit insecticide - sans marque apparente)

L’Escargot - et tu devras jeter toutes tes salades ...

Le Jardinier - Crois-tu que j’attendrai qu’ils touchent à mes feuilles pour me croire autorisé à les exterminer ?

L’Escargot - C’est bien ce que je pensais, tu nous fait un procès d’intention. C’est de l’escargophobie pure et simple.

Le Jardinier - Parfaitement ! et c’est un procès fondé ! parce qu’il est dans la nature des escargots d’escalader les murs et de manger toutes les salades. J’ai le droit de me défendre. La loi du potager, c’est la loi de la jungle ! (il lève sa pelle)

L’Escargot - (Très vite) Ecoute-moi, écoute-moi ! je pense que tu vas faire une bêtise !

Le Jardinier - Je t’écoute !

L’Escargot - N’est-il pas dans ta nature de faire pousser des salades ?

Le Jardinier - Certes !

L’Escargot - ... pour les manger ...

Le Jardinier - Certes ! (se ravisant) Oh, mais je te vois venir.

L’Escargot - En général, les escargots, on a le temps de les voir venir !

Le Jardinier - Ah ! c’est nouveau ça, un escargot qui fait de l’esprit.

L’Escargot - Ecoute-moi ...


Le Jardinier - (le coupant) Mes salades sont à moi, parce que c’est moi qui les ai semées, c’est moi qui les ai repiquées, entretenues, soignées, dorlotées. C’est moi - et moi seul ! - qui ai le droit de les manger.

L’Escargot (raisonneur) - Ce n’est pas toi qui les a nourries, c’est la terre.

Le Jardinier - Ah ! un escargot qui a lu jean-Jacques Rousseau ! on aura tout vu ! et bien, parlons-en ! je ne nie pas que sans la terre, ma salade n’aurait pas pu pousser.

L’Escargot - Ah ! quand même !

Le Jardinier - mais si je n’avais pas semé ma salade ... ?

L’Escargot (haussant les épaules, si c'est possible) - sa salade !

Le Jardinier - Si je ne m’en étais pas occupé chaque jour, à l’arroser, à la saupoudrer, à enlever les feuilles défraîchies, tu ne serais pas en train de baver dessus, parce qu’elle n’existerait pas. Alors ! qu’est-ce que tu réponds à ça ?

L’Escargot - Je serais sur une autre salade.

Le Jardinier - (Triomphant) Tu te bornes à déplacer le problème. Parce que les autres salades, c’est également moi qui les ai semées...

L’Escargot (l’interrompant en le contre-faisant) - soignées, dorlotées ...

Le Jardinier - Exactement !

L’Escargot (croyant avoir trouvé un argument irréfutable) - Et les salades du voisin ?

Le Jardinier - (semblant ne pas comprendre) Quoi les salades du voisin ?

L’Escargot - Elles ne sont pas à toi.

Le Jardinier (apparemment vaincu) - Non !

L’Escargot - Alors ! je peux bien aller sur les salades du voisin ?

Le Jardinier (hilare) - Les salades du voisin ? Ah ! Ah ! tu appelles ça des salades ? Mais moi, j’aurais honte d’avoir ça dans mon jardin ! D’abord ! il n’y connaît rien, le voisin ! il sème des belles de mai au mois d’octobre, et la batavia, au mois d’août ! en plus sa terre est fertile comme un tas de cailloux ! tu appelles ça des salades ! et bien, tu n’est pas difficile !

L’Escargot (sautant sur l’argument) - C’est vrai ! je ne suis pas difficile du tout !

Le Jardinier - (malin) Tu n’es pas difficile ;.. mais c’est quand même mes salades que tu choisis !

L’Escargot - Tu sais, je ne les ai pas choisies.

Le Jardinier (vexé) - Quoi ?

L’Escargot - Je passais ... par hasard.

Le Jardinier (toujours plus vexé) - par hasard ?

L’Escargot - Oui ! j’aurais très bien pu passer à coté de ton jardin !

Le Jardinier (explosant) - A coté ! alors, comme ça ! tu ne vois pas de différence entre mes salades et celles du voisin ?

L’Escargot (gêné, s’apercevant qu’il a été maladroit) - Avant, je n’en faisais pas !

Le Jardinier - Ah bon ! tu reconnais maintenant que les miennes sont plus belles !

L’Escargot - Ce n’est pas exactement ça ! j’ignorais que baver sur tes salades était puni de mort.

Le Jardinier - (insistant) Oui ! parce qu’elles sont les plus belles.

L’Escargot (en rajoutant) - Si j’avais su, je serais passé à coté.

Le Jardinier (l’air entendu) - Si tu avais su.

L’Escargot - Oui !

Le Jardinier - Tu le sais maintenant ?

L’Escargot - Oui !

Le Jardinier - Et tu ne passeras plus sur mes salades ?

L’Escargot - Promis !

Le Jardinier - Sans arrière-pensée ?

L’Escargot - Sans arrière-pensée.

Le Jardinier - Pas la moindre ?

L’Escargot - Pas la moindre.

Le Jardinier (insistant) - Et pourtant mes salades sont plus belles que celles du voisin ?

L’Escargot - Sans doute !

Le Jardinier (haussant le ton) - Sûrement !

L’Escargot - Sûrement.

Le Jardinier - Bon, alors, je veux bien faire une exception ... puisque tu reconnais spontanément que mes salades sont infiniment plus belles que celles du voisin. Je vais te prendre délicatement entre deux doigts et te déposer sur le mur mitoyen.

L’Escargot - C’est gentil, ça. Je gagne au moins une heure.

Le Jardinier - Je suis comme ça. (se ravisant) oui, mais j’aimerais bien que tes collègues évitent désormais mon jardin, tout comme toi. Et ça, ce n’est pas possible.

L’Escargot - Rien de plus facile ;

Le Jardinier (incrédule) - Comment ?

L’Escargot - Nous pouvons signer un traité.

Le Jardinier - Un traité ?

L’Escargot - Oui ! un traité par lequel tous les escargots s’engagent à éviter de passer par ton jardin. Rien de plus simple !

Le Jardinier - mais, c’est absurde !

L’Escargot - Pourquoi ?

Le Jardinier - Parce que les escargots sont des êtres inférieurs ; ils ne savent pas signer, ni écrire, ni même lire.

L’Escargot - Et pourquoi pas ?

Le Jardinier - Parce que, dans l'échelle des être vivants, l’escargot est à des millions de kilomètres au-dessous de l'homme. Nous autres, les hommes, nous savons ... réfléchir, nous savons construire, nous savons ...

L’Escargot - semer des salades.

Le Jardinier - semer des salades, nous savons parler.

L’Escargot - Et moi, alors, qu’est-ce que je fais depuis cinq minutes ?

Le Jardinier (interdit) - Mais !

L’Escargot (insistant) - Qu’est ce que je fais depuis cinq minutes ?

Le Jardinier (d’une voix blanche) - Tu ... tu parles !

L’Escargot (avec assurance) - Oui, je parles ! et je sais lire aussi ! tu ne t’es pas trompé en disant tout à l’heure que j’avais lu Jean Jacques Rousseau. J’ai lu tout Jean-Jacques Rousseau ! Ah ! les rêveries du promeneur solitaire ! Quel ravissement ... pour un escargot !

Le Jardinier (admiratif et timide) - Et ... ça t’as plu ?

L’Escargot - Plutôt, mais, à mon sens, ça ne vaut pas Dostoïevsky et les écrivains russes en général.

Le Jardinier (toujours, voix blanche) - Dostoïevsky !

L’Escargot - Oui, j’aime bien ! entre le moment où il craque l’allumette et celui où il allume la bougie, il y a cinquante pages. C’est une vitesse qui me convient.

Le Jardinier (comme s’il se réveillait) - Je n’ai pas l’intention de parler littérature avec un gastéropode. Je te mets sur le mur, comme promis (il le fait)... et au revoir.

L’Escargot - Au revoir, et merci encore. Je vais de ce pas parler du traité à mes copains.

Le Jardinier - C’est cela, dépêche-toi ! (il rit derrière sa main).

(exit l’escargot ; le jardinier réfléchit longuement, tourne, vire, puis soudain, comme illuminé)

Ce n’est pas lui qui parlait homme ... C’est moi qui parlais escargot.



Paris, le 3 mai 1984
Xavier LABROT
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